Barcelone a toujours eu un attrait particulier pour les histoires qui ont une âme, celles qui mêlent tradition séculaire et résilience absolue, et ce n’est pas pour rien qu’elle possède l’une des plus anciennes foires aux crèches du monde. La dernière à s’installer au cœur du Gòtic n’est pas une simple ouverture commerciale, mais une bouée de sauvetage lancée depuis l’autre rive de la Méditerranée. Il s’agit de Bethlehem Treasures, un magasin qui fabrique des figurines de Noël à Bethlehem depuis 150 ans et qui, pour la première fois en un siècle et demi, a dû trouver un toit en dehors de la Palestine pour survivre.
La situation est délicate, mais la volonté est forte. Anton Mickel, le visage de cette saga d’artisans, s ‘est installé au 56 Carrer dels Escudellers avec un objectif qui va au-delà de la vente au détail : assurer la subsistance des 20 familles qui dépendent directement de l’atelier de Bethléem. Alors que le tourisme est en berne et que la boutique d’origine est fermée en raison du conflit armé, Barcelone est devenue le théâtre d’une résistance artisanale pacifique.
Bois d’olivier et clin d’œil à la tradition catalane
Ce qui distingue les pièces de Bethlehem Treasures de toutes les autres décorations de Noël que l’on peut trouver aujourd’hui, ce sont les matériaux bruts et la qualité du travail . La grande majorité des objets sont sculptés dans du bois d’olivier, un arbre qui n’est pas seulement un symbole de paix, mais aussi l’emblème de l’identité palestinienne. En entrant dans la boutique, l’odeur du bois et la douceur des pièces, qui vont des crèches classiques aux personnages modernes sans visage, racontent l’histoire d’un artisanat transmis de père en fils.
Mais Mickel sait que pour s’enraciner à Barcelone, il faut parler la langue locale, et pas seulement la langue. Dans un souci d’intégration culturelle, la boutique propose déjà des croix et des ornements de sapin gravés « Bon Nadal ». Et attention, car l’esprit local a pris le dessus : pour la saison prochaine, l’atelier travaille déjà à la création de caganers sculptés dans du bois d’olivier, fusionnant ainsi l’iconographie sacrée de leur terre avec l’irrévérence la plus pure de nos festivités.
Un pont entre villes jumelées
Cette ouverture ne se fait pas dans le vide. L’arrivée de cette entreprise familiale coïncide avec un moment d’harmonie institutionnelle particulière. Barcelone et Bethléem ont récemment renforcé leurs liens en signant un accord de coopération, le deuxième que la capitale catalane signe avec une ville palestinienne. Ce cadre de collaboration vise non seulement à obtenir un soutien politique, mais aussi à promouvoir des projets culturels et économiques afin de contribuer à atténuer la crise humanitaire et économique qui sévit dans la région.
Bien que la boutique soit née avec la campagne de Noël, l’intention est de garder les volets ouverts toute l’année, en devenant un point fixe d’artisanat authentique dans une zone souvent saturée de souvenirs génériques.