À Barcelona Secreta, on n’envie pas grand-chose à Madrid, mais il y a une chose qui nous blesse parfois : la fierté et la défense de leur culture gastronomique. Ce n’est un secret pour personne qu’il est moins difficile d’y trouver des bars « authentiques » qu’ici et que, là-bas, en hiver, les verres de cocido abondent pour se réchauffer les mains, tandis qu’ici, on se bat encore pour que l’escudella ne perde pas de terrain face au ramen. Mais il semble que cela soit en train de changer.
En plein Quadrat d’Or de l’Eixample, là où le quartier s’est renforcé dès sa naissance, Veracruz a renaît, un bar galicien qui est resté tel quel, mais que Gerard Sans, Marcos Costa et Grey Mora ont transformé en une véritable maison de restauration, où la nourriture est accessible, où le plat du jour est « clar i català » et où même la télévision reste allumée en permanence pour diffuser les informations aux clients de passage. Ah, et où l’on trouve encore autre chose : une marmite d’escudella qui espère ne pas quitter le feu pendant les 365 jours que compte cette année.
L’escudella éternelle
Le mythe de la soupe éternelle existe : ce bouillon que l’on peut faire mijoter éternellement, et qui, dit-on, était courant à de nombreuses époques, où il n’était pas si facile d’allumer un feu et où il n’y avait pas autant de nourriture variée pour préparer une nouvelle soupe chaque jour. Ce n’est pas tout à fait le cas à Veracruz (Gerard la retire tous les deux ou trois jours et la recommence), mais le concept est le même : avoir un plat de soupe catalane toujours disponible et prêt à être servi.
Un plat généreux : 10,5 € la marmite (qui nourrit facilement deux personnes), qui sert d’entrée pour une carte sans menu mais avec un plat du jour, toujours avec des recettes de « cuisine catalane traditionnelle radicale », comme le dit Gerard. Radical ne veut pas dire inventé, mais radicalement traditionnel : lentilles, fricandó, butifarra amb mongetes etdijous, bien sûr, riz.
Les produits sont bien assortis : si seulement tout le monde pouvait parler à Gérard comme nous, pour qu’il leur transmette l’honnêteté de son garde-manger : œufs de Calaf, volailles de la Torre d’Erbull, viandes de Cal Tomàs ou abats de Menuts Rosa, du Mercat de la Boqueria. Le reste, au Mercat de la Concepció.
Les œufs pour la tortilla de butifarra del perol i mongetes (comme je l’ai dit, radicalement traditionnelle). La volaille pour une croquette de poulet qui, avec celles de lotte et de crevettes, sont incontournables. La viande pour l’escudella mentionnée et les abats pour le cap i pota, qui est aussi respecté ici (même s’il est servi avec des tripes). Et de la poissonnerie de La Concepció, les ingrédients de l’autre marmite, la Sarsuela, son plat le plus somptueux (même si, pour nous, le moins nécessaire). Bien combiné, pour moins de 20 euros, vous êtes rassasié et bien nourri.
Les horaires du Veracruz sont aussi une déclaration d’intention. Ouvert sans interruption de 9 h à 16 h en semaine, le restaurant s’adapte au rythme diurne du quartier, évitant les longs dîners pour se concentrer sur le menu du jour et les plats rapides mais réconfortants. C’est la cuisine de tous les jours, celle qui nourrit les voisins et les travailleurs qui cherchent plus qu’un sandwich de chaîne et qui trouvent ici ce refuge de cuisine catalane radicale qui, espérons-le, serait plus courant et moins radical dans la ville.
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